Publié le 2026-06-13
Il a peut-être 100 ans. Ou 99. Ou davantage. Personne ne le sait vraiment — pas même lui.
Abdoulaye Wade est officiellement né le 29 mai 1926 à Saint-Louis. Mais l'homme a lui-même brouillé les pistes toute sa vie. Interrogé par Jeune Afrique en 2014, il lâche : « J'ai 87 ans. Mais admettons que j'en aie 90 : et après ? » Et il a raconté avoir couru, enfant, derrière le cheval du cheikh Ahmadou Bamba — or Bamba est mort en juillet 1927. Un an après la naissance officielle de Wade. Le calcul ne tient pas.
Son lieu de naissance est lui aussi discuté. Saint-Louis figure sur les actes, mais certaines sources situent l'événement à Kébémer. La raison alléguée : son père, ancien tirailleur sénégalais de la Première Guerre mondiale, l'aurait fait enregistrer à Saint-Louis pour lui ouvrir l'accès au statut de citoyen français. Un acte de naissance comme outil de mobilité sociale — stratégie familiale sous-estimée, banale à l'époque, rarement racontée.
À Paris, Besançon et Grenoble, Wade accumule les diplômes — droit, économie, philosophie, psychologie, sociologie — avant de devenir avocat au début des années 1960. Pas un cursus : une collection. Comme si le savoir était déjà une forme de patience.
Et de patience, il en a fallu. Il fonde le Parti Démocratique Sénégalais en 1974. Il perd la présidentielle en 1978, 1983, 1988, 1993. Quatre fois. Vingt-six ans d'opposition. Lorsqu'il remporte enfin l'élection de 2000 — à 74 ans — c'est la première alternance démocratique de l'histoire du Sénégal. Le « Sopi », le changement en wolof, entre dans les livres.
Mais ce qu'on retient moins : il en est reparti par les urnes. Battu en 2012 par son ancien Premier ministre Macky Sall, il accepte le verdict. Deux alternances pacifiques encadrent donc sa carrière — l'une dont il est l'artisan, l'autre dont il est la victime consentante.
LA LEÇON : dans un continent où l'on débat sans fin de la longévité au pouvoir, Wade reste une figure paradoxale — il a attendu le pouvoir plus longtemps que la plupart de ses contemporains, l'a conquis démocratiquement, puis l'a perdu de la même façon. C'est cela, plus que l'âge incertain ou les diplômes accumulés, que son centenaire — célébré les 4 et 5 juin 2026 à Dakar sous l'égide du président Bassirou Diomaye Faye — invite à méditer.
Question : une carrière politique peut-elle être jugée à l'aune de sa fin plutôt que de son bilan au pouvoir ? #Sénégal