Publié le 2026-06-12
Le Nigeria a un jour férié pour célébrer une élection dont le résultat n'a jamais été reconnu.
Le 12 juin 1993, MKO Abiola remporte la présidentielle réputée la plus libre de l'histoire nigériane. Le scrutin est annulé avant proclamation. Abiola meurt en détention en 1998. Et pourtant, 25 ans plus tard, c'est CETTE date que le pays choisit pour son Democracy Day.
Les chiffres : Abiola (SDP) l'emporte avec ~58% face à Bashir Tofa (NRC), sur ~14,3 M de bulletins valides, participation ~35%. Le général Babangida, au pouvoir, annule le vote avant la fin du décompte. Les résultats complets attribuent ~8,3 M de voix à Abiola, mais la commission n'avait officiellement annoncé qu'un premier lot (~6,6 M) — les deux décomptes coexistent, on le signale.
Jusqu'en 2018, le Nigeria fêtait sa démocratie le 29 mai, date des transferts de pouvoir réussis. Puis le pays a déplacé son symbole national vers une élection volée : non pas le jour où la démocratie a fonctionné, mais le jour où on la lui a refusée.
LA LEÇON : un pays peut décider que sa fête démocratique commémore moins une victoire qu'une promesse trahie. Abiola, musulman yoruba du Sud, l'avait emporté dans 19 États sur 30 — y compris l'État d'origine de son rival du Nord. Le Nigeria ne célèbre pas le pouvoir conquis, mais ce consensus rare au-delà des lignes ethniques et religieuses, brisé par un coup de force.
Faut-il un échec fondateur pour qu'une nation sache ce qu'elle attend de sa démocratie ?